Limiter les excès de viande, une sagesse sous-estimée

Par Samuel GRUFFAZ, pasteur à Saclay

Dans la chronique précédente (mars 2026), nous avons vu avec Clément Blanc qu’accepter les limites que Dieu nous donne en matière d’écologie permet de faire grandir notre foi.

Aujourd’hui, nous verrons que ces limites écologiques sont des catalyseurs pour le développement de l’Église et non des freins à travers un exemple pratique : la consommation de viande.

Avant d’énoncer les conséquences positives de la limitation de consommation de viande, nous tenons à donner un ancrage biblique.

Que l’on soit d’accord, l’homme peut manger de tout depuis Noé (Genèse 9/3), mais si tout est permis, tout n’est pas utile (1 Corinthiens 10/23).

Voici ce qu’enseignent le bon sens des proverbes, les avertissements de l’apôtre Paul et de Jésus pour la fin des temps :

“Ne sois pas parmi les buveurs de vin, parmi ceux qui font excès de viande, car l’ivrogne et le glouton s’appauvrissent et ceux qui somnolent seront bientôt vêtus de haillons.” (Proverbes 23/20-21)

“Ils ont pour dieu leur ventre.” (Philippiens 3/19)

“Prenez garde à vous-mêmes, de crainte que vos cœurs ne s’appesantissent par les excès du manger et du boire.” (Luc 21/34)

Consommer de la viande est historiquement lié aux repas de fêtes, et non la norme du quotidien, en particulier la viande rouge, du boeuf ! Au XIXe siècle, le Français moyen s’estime heureux s’il mange de la viande tous les dimanches. Au cours du XXe siècle, on passe d’une fois par semaine au mieux, à deux ou trois fois par semaine, voire plus ! Au temps de Jésus, donc bien avant le XIXe siècle, il faut aussi faire des sacrifices, et tout le monde n’est pas autorisé à manger ce qui est sacrifié. Il ne serait pas étonnant qu’une personne moyenne du temps de Jésus juge le fait de manger de la viande une fois par jour comme un excès.

Se limiter à moins de deux fois par semaine est raisonnable pour les raisons suivantes :

– Économique : la viande coûte cher, aujourd’hui encore. Manger moins de viande c’est pouvoir assurer davantage de stabilité à son foyer ou faire davantage de dons aux chrétiens persécutés (Proverbes 23/20). En passant d’une consommation quotidienne de viande à seulement deux fois par semaine, et en compensant la baisse de l’apport en protéines par des légumineuses (lentilles) et des œufs, permet une économie annuelle d’au moins 300 euros par personne. Je vous encourage à refaire le calcul en fonction de ce que vous mangez.

– Émotionnelle : manger de la viande fait davantage somnoler, ce que l’on peut compenser par un café, au risque d’être plus irritable et déconcentré. En consommer moins c’est avoir plus d’énergie et être de meilleure humeur, et ainsi se montrer plus sage, comme Daniel (Daniel 1/12). Un de mes amis a arrêté de manger de la viande après des vacances avec d’autres amis végétariens, car il a réalisé qu’il était alors bien plus en forme. De plus, diminuer sa consommation de viande permet de l’apprécier davantage, tel un repas de fête synonyme de repos.

– Sanitaire : on sait aujourd’hui que la consommation de viande transformée et grasse (charcuterie, etc.) augmente les risques de maladies cardiovasculaires et de cancer. Remplacer la viande par des légumes ou des légumineuses améliore également la diversité nutritive.

Écologique : L’élevage bovin participe au dérèglement climatique (plus de 12%) 1 en augmentant les émissions de gaz à effet de serre, la déforestation par le terrain que demande leur alimentation à base de soja, la précarité des ressources en eau (produire 1 kg de bœuf nécessite 15 000 l d’eau), la pollution des sols et des rivières en raison des antibiotiques et des hormones de croissance.

– Spirituelle : lorsque vous invitez un voisin à manger, il y a une certaine chance qu’il soit végétarien, écolo ou musulman, ce qui rend votre témoignage moins crédible si vous l’accueillez avec des pâtes aux lardons. Si vous lui partagez l’Évangile, il sera également plus à l’écoute en digérant mieux. Dans la période du jeûne avant Pâques, vous apprenez à placer votre plaisir en Dieu et non en votre ventre (Philippiens 3/19, Luc 21/34).

Ainsi, les limites que l’on s’impose n’ont pas seulement un intérêt écologique mais elles ont aussi des conséquences globales : économiques, émotionnelles, sanitaires, spirituelles.

Si quelqu’un se donne de la peine pour vous faire une entrecôte, c’est triste de refuser par dogmatisme, mais chacun reste libre : moquer son invité végétarien ne le rapprochera pas du Seigneur, qu’il soit chrétien ou non (Romains 14/1-3).

Personnellement, le fait de manger moins de viande m’a davantage donné confiance en Dieu, car j’ai réalisé que mon Père ne me prive pas pour mon chagrin, mais pour mon bien. En m’imposant ces petites limites, j’ai également constaté la faiblesse de ma chair pour les respecter et, en cela, je contemple d’autant plus l’ampleur de la miséricorde offerte par notre Sauveur Jésus-Christ. Toute gloire lui revient, amen !


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