Par Aline Neuhauser
Jésus sait que ses heures avec ses disciples sont comptées. Il leur livre donc ses dernières instructions, ses ultimes encouragements. Les dernières paroles des hommes sur la terre sont toujours précieuses pour ses proches. À combien plus forte raison nous devons chérir et méditer celles de notre Sauveur ! Elles ne s’adressent pas seulement aux disciples, mais aussi à chacun d’entre nous. Nous pouvons y puiser un immense réconfort ainsi que des avertissements solennels.
1. Jésus et ses disciples : amour, patience… et fermeté
Un amour inimaginable
Au chapitre 13, il est dit que Jésus, « ayant aimé les siens qui étaient dans le monde, mit le comble à son amour pour eux » (v. 1). Et il le leur prouve concrètement en s’abaissant à leur laver les pieds. Et pourtant, il sait que Judas va le livrer, que Pierre va le renier. Quel exemple pour nous qui nous vexons et nous fâchons parfois pour bien peu de choses !
Au chapitre 14, nous constatons que Jésus fait tout pour réconforter ses disciples, un peu comme nous rassurerions des enfants effrayés. Du reste, il emploie un ton « paternel ».
Une patience à toute épreuve
Au chapitre 14, les disciples posent diverses questions à Jésus, et il y répond avec une grande patience. Pourtant, elles sont parfois maladroites :
v. 5 : « Thomas lui dit : Seigneur, nous ne savons où tu vas ; comment pouvons-nous en savoir le chemin ? »
v. 8 : « Philippe lui dit : Seigneur, montre-nous le Père, et cela nous suffit. »
v. 22 : « Jude, non pas l’Iscariot, lui dit : Seigneur, d’où vient que tu te feras connaître à nous, et non au monde ? »
De toute évidence, les disciples sont déconcertés, alors qu’ils viennent de bénéficier des enseignements du Maître pendant trois ans. Leur vision des choses est faussée, car ils ont encore en vue le Messie de leur rêve :
« Nous espérions que ce serait lui qui délivrerait Israël » (Luc 24/21),
ont déclaré à Jésus, quelques jours plus tard, les deux disciples qui se rendaient à Emmaüs.
Souvent, à l’instar des disciples d’Emmaüs, nous cheminons tristement parce que nos attentes sont déçues. Et pourtant, Jésus agit en notre faveur, même s’il ne fait pas ce dont nous rêvions. Il n’a pas répondu aux attentes des disciples d’Emmaüs, mais il a fait beaucoup plus pour eux. Il ne les a pas délivrés d’un joug temporaire, mais de l’esclavage du péché et de la perdition éternelle ! Croyons de même que si nous ne sommes pas exaucés, c’est que le plan de Jésus pour nous est différent, confiants qu’il agit toujours pour notre plus grand bien (qui ne correspond pas forcément à notre volonté personnelle ou à notre conception très limitée des choses).
Ces versets nous prouvent que nous ne devons pas hésiter à poser nos questions au Seigneur, à lui confier – même maladroitement – ce qui pèse sur notre cœur. De même qu’il a répondu patiemment à ses disciples, il nous fournira les réponses dont nous avons besoin, parfois de façon surprenante. Il aime que nous nous adressions à lui. Il veut davantage communiquer avec nous que nous avec lui. Il a soif de notre compagnie : n’est-ce pas prodigieux ?
Une condition non négociable
Attention toutefois, ne prenons pas Jésus pour notre « copain » ! Avec fermeté, Jésus prend la peine de répéter plusieurs fois (prouvant ainsi combien c’est capital) une condition non négociable de son amitié :
« Si vous m’aimez, gardez mes commandements » (v.15)
« Celui qui a mes commandements et qui les garde, c’est celui qui m’aime » (v.21)
« Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera » (v.23)
« Celui qui ne m’aime pas ne garde point mes paroles » (v.24).
L’amitié de Jésus ne nous est acquise que dans la mesure où nous obéissons à sa parole. Du reste, il a lui-même montré parfaitement l’exemple en étant totalement soumis à son Père. Il avait tous les droits, mais jamais il ne nous a imposé ce qu’il n’a pas commencé par mettre en pratique sous nos yeux. Nous sommes ses amis… si nous faisons ce qu’il nous commande.
2. Un torrent de consolations
Dans le chapitre précédent, Jésus vient de faire à ses disciples des révélations douloureuses, et il sait que peu après, ils seront extrêmement déconcertés par ce qui se passera. Aussi leur prodigue-t-il des consolations et des encouragements incroyables : c’est pour cela que ce chapitre m’est si cher !
Jésus, notre Père éternel
C’est l’un des titres de Jésus dans Ésaïe 9/6, et réellement, dans ce texte, on dirait que notre Seigneur fait tout pour rassurer des enfants effrayés. Du reste, il les appelle « mes petits enfants » juste avant (Jean 13/33).
Il leur parle d’une maison. N’est-ce pas un mot rassurant ? Notre maison est notre refuge, le lieu où nous nous détendons, où nous nous sentons en sécurité. Ensuite, il annonce qu’il va leur préparer une place, puis qu’il reviendra les chercher afin qu’ils soient avec lui. Et il ajoute même : « Je ne vous laisserai pas orphelins » (v.18).
N’y a-t-il pas en chacun de nous un orphelin qui soupire après son Père, un exilé qui aspire à rejoindre sa patrie céleste ? Comme les disciples, n’avons-nous pas besoin de savoir qu’une place nous attend un jour auprès de notre cher Sauveur et Seigneur ?
Une puissance incroyable
Les promesses que nous découvrons ici ont de quoi nous couper le souffle !
Au verset 12 :
« Celui qui croit en moi fera aussi les œuvres que je fais, et il en fera de plus grandes. »
N’est-ce pas inimaginable ?
Au verset 13 :
« Et tout ce que vous demanderez en mon nom, je le ferai. »
Jésus semble ici nous signer un chèque en blanc ! Toutefois, beaucoup ont cru à tort pouvoir demander tout et n’importe quoi, et ils ont été cruellement déçus. En effet, cette promesse n’est valable que si nous gardons scrupuleusement les commandements de Jésus, si nous obéissons à sa parole et si nous lui présentons des requêtes conformes à sa volonté.
Au verset 17 :
l’Esprit Saint « demeure avec vous, et il sera en vous ».
Et au verset 23, Jésus ajoute que le Père et lui feront leur demeure chez nous ! La Trinité divine étroitement unie semble vouloir élargir son cercle pour nous accueillir, nous englober, nous assimiler, nous adopter, faire de nous l’un des leurs, alors qu’au départ, nous ne sommes que de misérables pécheurs !
Du reste, le chapitre 17 (« la prière sacerdotale ») nous dévoile toutes les facettes de cette extraordinaire adoption (« …afin que tous soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et comme je suis en toi, afin qu’eux aussi soient un en nous… », v.21). Cela pourrait faire l’objet d’une autre étude !
Avec des promesses aussi époustouflantes, ne nous considérons plus jamais comme de petits vermisseaux insignifiants et incapables de quoi que ce soit. Approprions-nous ces précieuses promesses par la foi et avançons avec la force de Dieu.
« Montons, emparons-nous du pays, nous y serons vainqueurs ! » (Nombres 13/30).
La paix de Dieu
Jésus ne se contente pas de nous recommander de ne pas nous laisser troubler : il nous garantit :
« Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. » (v.27).
Il nous transmet sa paix surnaturelle. Il ajoute :
« Que votre cœur ne se trouble point, et ne s’alarme point. »
Notons que peu avant, « Jésus fut troublé dans son esprit » : il a enduré le trouble pour que nous puissions être nous-mêmes dans la paix, tel un bouclier qui prendrait les coups de l’adversaire de plein fouet à notre place. En tout, il a été notre substitut, notre Agneau immolé, et nous n’aurons pas trop de toute l’éternité pour l’adorer et le remercier.
Le rôle inestimable du Saint-Esprit
Le verset 26 nous apprend que le Saint-Esprit nous console, nous enseigne toutes choses et nous rappelle tout ce que Jésus a dit. N’avons-nous pas besoin bien souvent d’être consolés, enseignés et de repasser dans notre cœur les paroles de notre Sauveur ? Combien nous pouvons être reconnaissants au Saint-Esprit de son ministère, et à Jésus de nous l’avoir envoyé !
Les disciples semblaient « ne pas comprendre grand-chose » aux paroles de Jésus et avoir bien besoin d’être enseignés, mais gardons-nous de les regarder de haut. Nous avons tout autant besoin qu’eux de ces précieux enseignements, de ces rappels constants. Notre volonté et notre intelligence sont si limitées !
3. Questions épineuses
v. 12 : « Celui qui croit en moi fera aussi les œuvres que je fais, et il en fera de plus grandes. »
Tout d’abord, précisons qu’il ne s’agit évidemment pas d’être plus grands que notre Seigneur souverainement élevé et au-dessus de tout. Comme Jean-Baptiste, nous ne sommes pas dignes de délier la courroie de ses souliers ! Mais même la perspective de faire de plus grandes œuvres que lui semble inconcevable. Pourquoi Jésus s’est-il exprimé ainsi ?
Tout d’abord, quand il était sur la terre, Jésus a limité son champ d’action à un petit périmètre. Il était envoyé avant tout aux brebis perdues de la maison d’Israël. Dès le départ, l’Église primitive a parcouru le monde connu de l’époque ; elle a donc eu une portée plus considérable. Et de nos jours, grâce aux moyens technologiques, nous pouvons exercer une influence prépondérante sur la planète toute entière.
Ensuite, au moment où il a prononcé ces mots, Jésus n’avait pas encore sacrifié sa vie sur la croix et le voile du temple ne s’était pas déchiré. Jésus a exercé son ministère sous l’ancienne alliance, qui ne permettait pas aux hommes de s’approcher librement de Dieu. Depuis la mort de Jésus sur la croix, l’accès au trône de la grâce nous est largement ouvert.
v. 23 : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole, et mon Père l’aimera. »
Dieu n’a-t-il pas aimé le monde ? Ne veut-il pas que tous les hommes soient sauvés ? N’est-il pas écrit qu’il ne fait pas de favoritisme ?
Certes, il chérit chacune de ses créatures, de même que nous aimons chacun de nos enfants. Toutefois, ces derniers peuvent soit mettre notre patience à rude épreuve, soit nous combler de joie et de fierté.
La Bible nous rapporte la tendresse et la fierté particulière de Dieu à l’égard de ses enfants fidèles et obéissants : Noé trouva grâce à ses yeux, Abraham fut « son ami », Moïse parla face-à-face avec lui, David fut un homme selon son cœur. Et que dire de l’accent de fierté avec lequel il a demandé à Satan : « As-tu vu mon serviteur Job ? Il n’y a personne comme lui sur la terre ; c’est un homme craignant Dieu, et se détournant du mal. » (Job 1/8).
À l’inverse, bien plus souvent, le peuple d’Israël s’est rebellé, au point que parfois l’Éternel, à bout de patience, a regretté d’avoir créé les êtres humains et s’est affligé en son cœur !
Il existe donc un amour « inconditionnel » du Créateur envers toutes ses créatures, mais aussi un attachement particulier réservé à ceux qui gardent la parole de leur Maître et marchent sur ses traces. De même que nous ferons la joie de nos conducteurs spirituels en leur obéissant et en ayant de la déférence pour eux, puissions-nous faire la joie et la fierté de notre Dieu !
v. 28 : « Si vous m’aimiez, vous vous réjouiriez de ce que je vais au Père. »
Les disciples n’aimaient-ils pas Jésus ? La meilleure preuve n’était-elle pas que son départ les plongeait dans la consternation ?
Le problème, c’est que notre langue française est bien limitée ! Il ne s’agissait pas de l’amour agapé, qui cherche avant tout le bonheur de l’autre ; sans quoi ils se seraient réjouis de voir l’épreuve du pèlerinage terrestre de Jésus sur le point de s’achever. Car sur la terre, Jésus était comme un poisson hors de l’eau, comme un oiseau en cage : non seulement il était dépouillé de sa gloire et de sa divinité, mais il souffrait constamment de la corruption ambiante. Si même nous, qui sommes pécheurs, nous souffrons de la souillure du monde, à combien plus forte raison Jésus la trouvait certainement insupportable ! C’était réellement « l’homme de douleur habitué à la souffrance »(Ésaïe 53/3). Il était grand temps que cette période éprouvante arrive à son terme.
Nous-mêmes, aimons-nous Jésus d’un amour désintéressé ? Nous réjouissons-nous de ce qui le fait tressaillir de joie ? Nous désolons-nous de ce qui lui fait verser des larmes ? Ou bien ne cherchons-nous qu’à lui « soutirer » des bénédictions et des privilèges ?
v. 29 : « Car le Père est plus grand que moi. »
« Ayez en vous les sentiments qui étaient en Jésus-Christ, lequel, existant en forme de Dieu, n’a point regardé comme une proie à arracher d’être égal avec Dieu, mais s’est dépouillé lui-même… » Jésus fait sans doute allusion à son humanité, à son dépouillement. En quittant son ciel, il « a pris une forme de serviteur, en devenant semblable aux hommes ; et après s’être retrouvé dans la situation d’un homme, il s’est humilié lui-même, se rendant obéissant jusqu’à la mort, même jusqu’à la mort de la croix » (Philippiens 2/5). La suite de ce passage nous montre du reste que son attitude lui a valu d’être ensuite « souverainement élevé » et de voir tout genou fléchir devant lui.
Il semble aussi que ce soit le Père qui prenne certaines décisions capitales, comme le prouve Marc 13/32 : « Pour ce qui est du jour ou de l’heure, personne ne le sait, ni les anges dans le ciel, ni le Fils, mais le Père seul. » Le Père et le Fils sont égaux, sans l’ombre d’un doute, mais c’est le Père qui tient le gouvernail suprême, tout comme les enfants sont assis à l’arrière de la voiture familiale tandis que leur père conduit, bien qu’ils soient ses égaux. Il ne s’agit pas de supériorité, mais d’un rôle particulier. Un véhicule avec plusieurs volants serait inconcevable (évidemment). Dans la Trinité céleste, les rôles sont différents, et tout fonctionne dans la plus parfaite harmonie, parce que chacun tient son rôle et reste à sa place. Dans nos familles terrestres, les choses sont loin d’être aussi simples !
Quoi qu’il en soit, Jésus nous donne ici un exemple impressionnant de soumission et d’humilité…
Conclusion
Ce chapitre est d’une telle profondeur que je ne prétends pas fournir les réponses exactes, surtout en ce qui concerne les questions épineuses ; il ne s’agit que de ma façon de voir les choses et de mes réflexions personnelles, sans plus.
Je l’aime énormément et je ne me lasse pas de le relire, car non seulement il est pour moi une mine inépuisable d’encouragements, mais il me rend mon Sauveur toujours plus cher.
Mon cœur est heureux, je possède à jamais
En Christ, le bonheur et la vie,
La grâce de Dieu me suffit désormais,
Je goûte une paix infinie !
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