L’éloge de la faiblesse

Par Betty Pillods

La vie chrétienne est-elle synonyme de réussite ?

Est-elle appelée à l’être ?

L’Ecclésiaste nous invite à semer sans relâche, car nous ignorons ce qui réussira. Le succès permanent ne caractérise pas la condition humaine, même chrétienne. Seule l’œuvre de Dieu possède la perfection et la permanence :

« Dieu fait toute chose belle en son temps. » (Ecclésiaste 3/11)

Notre société valorise la performance, parfois au prix de relations abîmées ou d’un épuisement intérieur. Pourtant, la réussite humaine ne dit pas toujours la vérité de ce qui se construit en profondeur. Quelles relations ont été sacrifiées pour faire aboutir « mon » projet ?

C’est à la suite d’un échec professionnel que j’ai interrogé le sens de ce parcours. Le chemin était spirituellement fécond. Logiquement, cela aurait dû conduire à une réussite. Ce ne fut pas le cas.

Oui, le Seigneur a déposé chaque jour un baume sur mon cœur au travers de nombreux retours positifs sur mon engagement.
Oui, on m’a souvent rappelé que je restais dans un bon état d’esprit, malgré l’échec.
Oui, dès le lendemain des résultats, j’ai assisté à une conférence éclairant la différence entre performance et compétence : performance et fécondité ne coïncident pas toujours.

Invitée plus tard à témoigner de ma pratique avec trois autres collègues lors d’une table ronde, un retour m’a profondément marquée : « C’est étonnant, on aurait dit que vous étiez faibles et c’est comme ça que vous étiez forts ! »

J’ai alors commencé à comprendre que la faiblesse n’est ni une erreur ni une parenthèse du parcours : elle « est » le parcours. Elle nous apprend à ne pas nous appuyer sur notre propre force, mais à nous confier pleinement en Dieu. Peut-être le seul chemin d’abandon d’un ego qui ne saurait trouver sa place dans le royaume de Dieu.

Brené Brown, chercheuse, décrit trois étapes inévitables pour avancer : oser entrer dans l’arène et se mettre en route, comme Abraham — en acceptant que l’échec fasse partie du chemin, non comme une exception ni comme une erreur, mais comme une étape normale de toute vie humaine ; accepter ensuite sa vulnérabilité, gage de paix et d’encouragement pour les autres ; enfin, choisir d’avancer malgré des retours négatifs.

L’impression que les gens qui réussissent sont forts est fausse. La force consiste peut-être simplement à oser la traversée malgré les circonstances contradictoires, en invitant Jésus dans sa barque. À la lumière de l’éternité, nous comprendrons alors que Dieu fait réellement toute chose belle en son temps.

« Car c’est lorsque je suis faible que je suis fort. » (2 Corinthiens 12/10)

« Le succès, c’est être capable d’aller d’échec en échec sans perdre son enthousiasme. » Winston Churchill

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