Faut-il avoir peur du silence ? La capacité auditive du chrétien moderne


Par René Delattre, pasteur à Lézignan

Ils étaient là, une quarantaine d’adolescents. Ce matin, tout s’était déroulé comme à l’habitude : la louange, un message basé sur un texte de la Bible, et des ados attentifs.

C’est vers midi qu’une information nous est parvenue des cuisines : il y avait du retard. Il faudrait meubler le temps.

Les adolescents attendaient. En silence.

Tout à coup, on entendit une respiration saccadée. Les sanglots d’un participant. Puis d’un autre, et encore un autre. Des prières sont montées du milieu des pleurs. Dieu visitait ces jeunes. Ils se souviendront toujours de ce qu’ils ont vécu ce jour-là. Ils ont entendu la voix de Dieu. Dans le silence.

Notre société est bruyante, c’est un vacarme permanent. Dans certaines maisons, le téléviseur ne s’éteint jamais. “C’est une présence.” Notre époque a-t-elle peur du silence ?

Y a-t-il un lien entre la pauvreté spirituelle de notre civilisation et ce besoin de bruits extérieurs ? Le plein de décibels peut-il combler le vide de l’âme ? Serait-ce un moyen d’échapper à Dieu ?

Ce besoin de bruit a-t-il gagné nos églises ?

Jérémie disait que le secours de l’Éternel est pour celui qui sait attendre en silence (Lamentations 3/26).

La voix divine est un son que l’oreille ne peut saisir. C’est un murmure doux et léger. Tellement apaisant. Tellement fortifiant. Celui qui l’a entendue, dans le secret de l’intimité avec son Créateur, est capable d’affronter le monde entier.

Mais le silence a-t-il sa place dans un culte ?

Dans l’Ancien Testament, les nombreux tambours, tambourins, trompettes, shofars, qui accompagnaient les flûtes, les cithares et les sistres ne devaient pas laisser beaucoup de place au silence. On y fait même mention de chants, de danses et de cris de joie !

“Louez-le avec les cymbales sonores ! Louez-le avec les cymbales retentissantes ! Que tout ce qui respire loue l’Éternel !” (Psaume 150)

Un culte s’offre. Il ne se consomme pas. C’est un hommage rendu à Dieu. Un moment de fête.

Et le chrétien a toutes les raisons de laisser éclater sa joie : Jésus-Christ est vivant, il nous a délivrés des chaines du péché, il a triomphé de la mort et il nous prépare un avenir céleste merveilleux. Vivre avec lui, c’est marcher dans la réussite, la paix et le bonheur.

Finalement, ne devrions-nous pas faire encore plus de bruit ?

La liberté d’expression de certaines cultures contraste avec la réserve et la timidité de notre vieille Europe : ces limites bienséantes que nous fixons à l’expression de notre adoration sont-elles justifiées ? Ou bien y aurait-il en nous des restes de la froideur religieuse dans laquelle nous avons été enseignés ?

Toutefois une réflexion s’impose : y a-t-il un lien entre le volume sonore de nos rencontres et la présence de Dieu ?

Le raccourci est assez tentant : le jour de la Pentecôte, la multitude accourut, attirée par le “bruit qui eut lieu”. Un peu plus tard, le lieu où étaient rassemblés les apôtres a tremblé lorsqu’ils furent remplis du Saint-Esprit.

Le bruit est venu avec la présence de Dieu. Mais la présence de Dieu vient-elle avec le bruit ?

Face à l’exubérance du peuple, le commentaire de Moïse avait de quoi calmer les ardeurs :

“Ce n’est ni un cri de vainqueurs, ni un cri de vaincus ; ce que j’entends, c’est la voix de gens qui chantent.” (Exode 32/18)

À ce moment-là, le peuple avait besoin de repentance. Le bruit serait-il un obstacle au nécessaire examen de soi ?

Poster l’image d’un rassemblement bruyant pour indiquer que Dieu était présent est non seulement réducteur, mais trompeur. Dans ce monde qui a peur du silence, cela déforme la nature de la relation avec Dieu.

Mais qu’en est-il de nos réunions ?

Le “menu” qui compose les rencontres évangéliques modernes trouve son origine dans l’Église primitive : enseignement, communion fraternelle, partage de la cène, prières, louange, joie et simplicité de cœur ( Actes 2/42).

Et là, nous comprenons que tout ne peut pas être bruyant. Comme un chef cuisinier le fait pour que le repas soit digeste et goûteux, un dosage est nécessaire. Le bruit ne peut pas venir uniquement de l’estrade, le peuple a besoin de s’exprimer, de pousser des cris de joie, bref de faire du bruit. Un bruit qui prend sa source dans l’âme libérée, sans stimulus externe.

Les rencontres de l’Église devraient permettre l’intériorité, et favoriser la profondeur. Elles sont une oasis au milieu d’un désert où le bruit règne en dictateur, interdisant à l’oreille de s’exercer à discerner le chuchotement divin.

Vivre dans le bruit entraîne des troubles de l’audition et la perte de l’équilibre. Comme il est simple parfois d’établir les parallèles.

L’Église a besoin de reconnaître le bruit qui annonce la pluie (1 Rois 18/41) et celui des pas dans la cime des mûriers (1 Chroniques 14/14).

Notre société bruyante est une société de superficialité. Elle se contente trop souvent de contrefaçons à bon marché. Il y a mieux.

Oui le bruit a sa place dans le culte. Mais le silence aussi.

Share this content:

Laisser un commentaire