La fidélité au cœur de la mission
Par Léo et Émy AIMJÉ, missionnaires au Bangladesh
« Qu’ils écoutent ou qu’ils n’écoutent pas, ils sauront qu’un prophète est au milieu d’eux. » (Ézéchiel 2/5)
Une mission redéfinie
Dans notre monde obsédé par les statistiques et le rendement, où chaque action doit être mesurée et quantifiée, le message d’Ézéchiel 2 nous interpelle radicalement. Le prophète reçoit un appel étonnant. Dieu l’envoie parler à un peuple qui, il le sait déjà, n’écoutera pas. « Qu’ils écoutent ou qu’ils n’écoutent pas », il doit transmettre le message. La mission ne dépend donc pas de l’accueil reçu, mais de l’obéissance de celui qui est envoyé.
Cette réalité prend un relief particulier dans les contextes où l’Évangile est difficile à annoncer. Ici, au Bangladesh, pays majoritairement musulman, être chrétien peut coûter cher : incompréhension familiale, pressions sociales, parfois persécution ouverte. Les conversions sont rares, souvent lentes, et toujours fragiles. Si nous regardions seulement aux résultats visibles, nous pourrions facilement nous décourager. Dieu nous appelle à la même fidélité qu’Ézéchiel.
Se nourrir avant de nourrir
La mission commence toujours par la présence de Dieu. Avant d’être envoyé, Ézéchiel contemple la gloire du Seigneur. Notre service ne remplace jamais notre relation avec Lui, il en découle. Dans les défis du terrain missionnaire, c’est cette communion quotidienne avec Dieu qui soutient, relève et renouvelle la vision.
Ensuite, Dieu demande à son serviteur de « manger le livre », d’accueillir l’Écriture dans son propre cœur avant de la transmettre. Nous ne pouvons annoncer que ce qui nous nourrit nous-mêmes. Dans un contexte où les chrétiens sont minoritaires, la parole de Dieu devient une véritable nourriture quotidienne, une force intérieure quand tout semble hostile à la foi. Jérémie l’exprimait magnifiquement :
« J’ai recueilli tes paroles, et je les ai dévorées ; tes paroles ont fait la joie et l’allégresse de mon cœur. » (Jérémie 15/16).
Notre mission découle de notre relation avec Dieu. C’est dans la communion avec lui que nous puisons la force de tenir bon face aux ronces et aux épines (Ézéchiel 2/6).
Sentinelles : une grande responsabilité
Dieu établit Ézéchiel comme sentinelle (3/16-24). Une sentinelle a deux responsabilités : surveiller avec patience et avertir avec courage. Elle doit donner l’alarme, quoi qu’il en coûte.
« Tu dois écouter la parole qui sort de ma bouche, et les avertir de ma part. » (Ézéchiel 33/6-7).
Elle n’est pas responsable de la réaction de la ville, mais de sa vigilance. De même, notre responsabilité n’est pas de convaincre à tout prix, mais de témoigner avec amour, vérité et persévérance. Combien de fois partageons-nous l’Évangile sans voir de réponse immédiate ? Pourtant, chaque parole semée, chaque geste d’amour, chaque prière est une lumière dans l’obscurité. Dieu agit souvent de manière invisible, dans les cœurs, sur la durée. La mission est un travail de semence bien plus que de récolte.
Le but n’est jamais de juger, mais de sauver. Dieu condamne le péché, mais il désire ardemment restaurer la relation avec le pécheur : la grâce est toujours disponible pour celui qui se repent.
Témoins malgré la peur

Quatre fois dans Ézéchiel 2/6, Dieu ordonne au prophète de ne pas avoir peur. Cette répétition n’est pas anodine. La peur du ridicule, du rejet, de la persécution est bien réelle. Mais Dieu équipe ceux qu’il envoie. Il a rendu Ézéchiel aussi dur que le diamant face à un peuple rebelle (Ézéchiel 3/8-9).
Dans les villages bangladais où confesser Christ peut entraîner l’exclusion, dans les familles où un nouveau converti devient « mort » aux yeux des siens, la promesse de Dieu reste vraie : il nous donne la force nécessaire pour tenir bon.
La fidélité plutôt que le succès
Nous sommes appelés à être ses témoins (Actes 1/8). Non pas « nous pourrons être » ou « nous devrons être », mais « vous serez mes témoins ». Par notre bouche certes, mais aussi par nos vies transformées. Quand le Saint-Esprit œuvre en nous, nous devenons des témoignages vivants que personne ne peut réfuter.
Aujourd’hui encore, l’appel demeure le même pour chacun de nous, que nous soyons envoyés à l’autre bout du monde ou témoins dans notre quotidien : être des témoins vivants. Le réveil appartient à Dieu, les résultats lui reviennent. Notre part, c’est la fidélité.
La mission est claire : être fidèles là où Dieu nous place. Que ce soit face à 10 personnes ou 10 000, dans la sécurité ou la persécution, avec des conversions nombreuses ou rares, notre responsabilité reste la même.
Tenir notre poste

Le monde a besoin d’entendre l’Évangile, qu’il l’écoute ou qu’il ne l’écoute pas. Notre appel est d’obéir fidèlement. Et dans cette obéissance, nous découvrons une paix profonde : celle de savoir que nous accomplissons exactement ce pour quoi nous avons été créés.
Alors, annonçons avec foi.
Aimons avec persévérance.
Servons avec humilité.
Qu’ils écoutent… ou non, nous savons que rien n’est vain dans le Seigneur.
Share this content:



Publier un commentaire