Par David MASTRIFORTI, pasteur à Clamart et enseignant d’éthique familiale à l’ITB
Hadad n’était qu’un enfant. La Bible précise même qu’il était qatan : un petit, un insignifiant, quelqu’un de « sans importance » (1) (1 Rois 11.17). Pourtant, derrière ce jeune garçon ayant fui le massacre de sa famille, se cachait une blessure immense. Devenu grand, il eut tout : le pouvoir, la richesse, une femme aimée. Mais le vide laissé par la violence de son enfance s’était transformé en une soif de vengeance. Hadad devint un ennemi juré d’Israël, et de Salomon (1 Rois 11.14-22). La Bible dit sobrement :
« Hadad causa du mal à Israël » (1 Rois 11.25)
Il sema la terreur, fit la guerre, opprima le peuple de Dieu. Il fut un tyran dont les conséquences se firent sentir bien au-delà de son règne (2).
Les tyrans, les despotes, les violeurs, les meurtriers… eux aussi ont été des enfants. Mais on n’a pas pris garde à eux. Pire, parfois, sans le savoir, nous avons semé en eux les graines de la révolte.
Jésus met en garde les responsables spirituels avec une sévérité qui devrait faire trembler chaque parent et chaque éducateur :
« Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites ! Parce que vous courez la mer et la terre pour faire un prosélyte ; et, quand il l’est devenu, vous en faites un fils de la géhenne deux fois plus que vous. » (Matthieu 23.15)
Autrement dit, une influence sans compassion, une autorité sans amour, une insistance sur la lettre sans la justice et la miséricorde, engendre des cœurs plus durs encore que les nôtres.
Face à ce constat, comment inverser la tendance ? Comment passer de l’indifférence à l’influence ? Voici quatre piliers pour une parentalité constructive.
1. Des parents qui prient, et qui combattent
Le mot enfant vient du latin infans, qui signifie « celui qui ne parle pas ». Il y a aujourd’hui un cri muet qui monte vers Dieu, celui de nos enfants. Ils grandissent dans un monde violent, hypersexualisé, où le mal est à leur portée dès la maternelle. Satan, comme au temps d’Hérode, cherche à les détruire.
Nous ne sommes pas ici pour culpabiliser ceux dont les enfants adultes ont fait des choix douloureux. Chaque enfant devient responsable de ses actes. Mais nous serons jugés sur ce que nous n’avons pas fait : nos prières négligées, nos combats spirituels évités.
Il ne suffit pas de demander à l’église de prier pour nos enfants. C’est à nous, parents, de les enfanter une seconde fois dans la prière, pour que
Christ soit pleinement formé en eux. (Gal 4.19)
« Levez vos mains pour vos enfants » (Lam 2.19)
comme le dit le prophète Jérémie, et ce, dès le berceau. Le combat dans les lieux célestes est réel ; soyons des intercesseurs pour ceux qui ne parlent pas encore.
2. Des parents qui sont des exemples, des repères

Comment savoir si un bâton est tordu ? On en met un droit à côté.
L’apôtre Paul exhorte Timothée à être
« un modèle pour les fidèles, en parole, en conduite, en charité, en foi, en pureté » (1 Timothée 4.12)
Ce principe vaut d’abord pour le foyer.
Le mot modèle est la traduction du terme grec tupos. Il est intéressant de souligner que ce mot est, à la fois, l’objet qui fait la marque, le sceau et la trace, l’empreinte que laisse cet objet.
Vos enfants seront ce que vous êtes. Si vous êtes critique, ils seront acerbes. Si vous êtes négligent, ils seront indifférents. Si vous êtes hypocrite, ils deviendront cyniques. L’intégrité, ce n’est pas être parfait, mais conformer ses actes à ses paroles, et savoir reconnaître ses torts en demandant pardon.
Ne faisons pas de nos maisons des lieux de contradiction :
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Si la prière est importante, pourquoi ne nous voient-ils jamais prier ?
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Si la Parole de Dieu est notre guide, pourquoi ne la voient-ils jamais ouverte ?
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Si l’Église est notre famille, pourquoi critiquons-nous constamment les frères et sœurs de la communauté ?
Ce que nous vivons crie plus fort que ce que nous disons. Un enfant confus par l’hypocrisie parentale finit souvent par quitter la foi. Soyons droits, justes et remplis de miséricorde. Nos vies sont le premier Évangile qu’ils lisent.
3. Des parents qui dialoguent, qui écoutent
Dieu a pris le temps de parler à un jeune enfant, Samuel. Il ne l’a pas repoussé. Il est venu à sa rencontre à quatre reprises. L’histoire d’Éli et de Samuel est une image prophétique de nos foyers : un enfant cherche une réponse, un sens, une guidance, mais il entend trop souvent : « Va te coucher, je suis fatigué », « Tais-toi, je travaille », ou encore « Tu obéis, parce que je suis ton père ».
La triste réalité est que dans certains foyers, les pères parlent en moyenne 4 minutes par jour à leurs enfants… pour 3 à 4 heures sur les écrans. Qui influencera qui ?
Nous confondons souvent le pouvoir et l’influence. Le pouvoir, basé sur la peur, fonctionne quand les enfants sont petits. L’influence, basée sur le respect et l’amour, dure toute la vie. Pendant que vous avez le pouvoir, bâtissez des relations. Écoutez leurs petits soucis. Partagez vos joies et vos craintes. Un enfant qui sait qu’il peut parler à ses parents des petites choses, leur fera confiance pour les grandes.
4. Des parents qui osent dire « non » avec amour
Entre le légalisme pesant et le laxisme mou, il y a un amour ferme qui s’implique. La Bible ne fait pas l’apologie de la violence, mais elle loue les vertus de la discipline et de la correction qui éloigne la folie du cœur de l’enfant (Proverbes 22.15).
Aujourd’hui, plus que jamais, nous avons besoin de parents qui ont le courage de poser des limites.
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« Non, je ne suis pas d’accord que tu portes des vêtements qui exposent ton corps à 10 ans. »
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« Non, je ne suis pas d’accord que tu aies un smartphone dans ta chambre à un âge où tu n’as pas la maturité pour gérer les contenus. »
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« Non, je ne suis pas d’accord que tu rentres à n’importe quelle heure sans respect pour la famille. »
Ce n’est pas une question de modernisme ou de traditionalisme ; c’est une question d’indifférence ou d’influence. Si vous ne dites rien, le monde se chargera de l’éduquer. Dire « non » n’est pas un manque d’amour, c’est en réalité la plus grande preuve d’amour. Dieu a tant aimé le monde qu’il s’est mêlé à notre histoire, il s’est impliqué. Imitons-le.
Conclusion : Sortir de l’indifférence
Nous ne sommes pas là pour condamner. Chaque parent a des faiblesses et peut se sentir dépassé. Peut-être que certains d’entre vous ont déjà fait des erreurs, ont été négligents par manque de temps ou par égoïsme. La bonne nouvelle, c’est qu’en Christ, il y a une rédemption pour les familles.
Jésus a dit :
« Si vous ne vous convertissez et si vous ne devenez comme les petits enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des cieux » (Matthieu 18.3)
Pour éviter d’engendrer des « fils de la géhenne », redevenons nous-mêmes des enfants devant le Père. Humble, dépendant, prêt à recevoir.
Alors parents, levez-vous. Engagez-vous pour passer de l’indifférence à l’influence. Investissez du temps, de la prière, des paroles et des limites.
Et pour ceux qui n’ont plus d’enfants à la maison, sachez que l’église regorge de jeunes hommes et de jeunes femmes qui n’ont pas eu la chance d’avoir des modèles parentaux fonctionnels et qui vont devenir un jour eux-mêmes parents. Devenez pour eux ce repère, cette figure d’autorité bienveillante.
Que Dieu nous aide à ne pas être un obstacle, mais un pont, afin que la génération qui se lève ne soit pas une génération de tyrans blessés, mais une génération de fils et de filles qui marchent dans la justice et la miséricorde.
« Mais, si quelqu’un scandalisait un de ces petits qui croient en moi, il vaudrait mieux pour lui qu’on suspendît à son cou une meule de moulin, et qu’on le jetât au fond de la mer. » (Matthieu 18.6)
1 « Hadad était encore un jeune garçon ». Qatan peut être traduit de plusieurs manières selon le contexte : au sens littéral, petit en taille, en quantité ou en nombre mais au sens figuré : jeune en âge, inférieur en rang, sans importance, insignifiant. Les traductions insistent à juste titre sur l’aspect « jeune », mais le texte hébreu sous-entend aussi cette notion de mépris social. Hadad n’est qu’un enfant, certes, mais il est aussi « insignifiant » – c’est un réfugié, un survivant que personne ne remarque. Si les adultes traitent les enfants comme « sans importance », ils risquent de créer des cœurs blessés.
2 Le texte semble indiquer qu’Hadad devint roi de Syrie, ou qu’il régna sur une région syrienne. On retrouve en effet des rois de Syrie nommés Hadad (Ben-Hadad) dans les chapitres suivants (1 Rois 15.18-20, 20 et 2 Rois 6-8, 13.3, 24-25). La vengeance de cet enfant édomite a eu des conséquences historiques sur plusieurs générations.
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