Atteindre et garder les jeunes dans l’Église

Par Jérémie POULET, pasteur à Toulon La Valette

Comment atteindre et garder les jeunes dans l’Église ?

C’est la question que beaucoup de parents, de pasteurs et de leaders d’ados et de jeunesse se posent.

Ce défi est cher à mon cœur et j’ai consacré douze années de ministère pour cette population, à prêcher dans nombre de rassemblements de jeunes, rencontrer des centaines de personnes en entretien et prier pour des parents parfois désabusés, souvent dans l’incompréhension et espérant de tout leur cœur voir leur enfant saisir le salut en Jésus.

Cela doit être la préoccupation première de tous les parents, grands-parents, et le souci de l’Église en général : voir nos enfants se donner à Dieu et lui consacrer leur vie.

J’ai une bonne nouvelle, qui devrait donner de l’espoir à un grand nombre de parents chrétiens : toutes les études et sondages récents témoignent, dans plusieurs pays, d’un retour au religieux, en particulier chez les jeunes – un phénomène baptisé quiet revival (réveil silencieux). Au Royaume-Uni, la fréquentation des églises, en particulier chez les 18-24 ans, serait en hausse selon différentes enquêtes.

Ce retour vers l’église, quelle que soit sa dénomination, nous parle d’un regain d’intérêt pour des valeurs fortes, des traditions, de la culture mais également un intérêt manifeste pour la question spirituelle. Beaucoup de jeunes ont perdu espoir dans ce que le monde peut proposer et cherchent le sens de la vie, aspirent à vivre autre chose que ce qu’ils connaissent.

L’Église doit absolument réaliser l’enjeu actuel et saisir ces paroles du prophète Amos, paroles qui semblent s’accomplir sous nos yeux :

« Voici, les jours viennent, dit le Seigneur, l’Éternel, où j’enverrai la famine dans le pays, Non pas la disette du pain et la soif de l’eau, Mais la faim et la soif d’entendre les paroles de l’Éternel. Ils seront alors errants d’une mer à l’autre, Du septentrion à l’orient, Ils iront çà et là pour chercher la parole de l’Éternel, Et ils ne la trouveront pas. En ce jour, les belles jeunes filles et les jeunes hommes mourront de soif. » (Amos 8/11-13)

À titre personnel, c’est précisément cette parole du prophète Amos qui m’a poussé à consacrer mes premières années de ministère à porter la parole à la jeune génération. Et même si je ne suis plus un “pasteur jeunesse”, je fais toujours ce constat en tant que pasteur, c’est que de nombreux jeunes passent la porte de l’église parce qu’ils cherchent quelque chose.

C’est là que nos cœurs doivent s’ouvrir et nos certitudes se réformer. Quand un jeune passe la porte, considérons que c’est déjà un miracle en soi. Oui, leur look vous posera question. Leurs expressions aussi.

Le premier conseil que je donnerai, c’est fermons nos yeux et nos oreilles à ce que nous voyons ou entendons, et ouvrons nos yeux et nos oreilles à ce que nous ne voyons pas et n’entendons pas encore.

Si nous réalisons que derrière l’apparence, les paroles, les attitudes, il y a des cœurs en souffrance, des âmes perdues, nous serons alors comme Jésus, émus de compassion, et inspirés pour donner les paroles appropriées, empreintes d’amour et de paix.

Mon deuxième conseil est que c’est à l’Église, le corps de Christ, de rejoindre le perdu et non l’inverse. Ce n’est pas « géographique » : je ne pointe pas spécifiquement que l’Église doit se rendre dans les endroits où les jeunes se trouvent nécessairement, mais de les rejoindre dans leurs défis, dans leurs questionnements, dans leurs peurs, etc.

Pour cela, accueillons et questionnons avant de chercher à enseigner. Nous voulons, et c’est bien légitime, prêcher que Jésus est le don de Dieu qui ôte le péché du monde. Nous en oublions de rejoindre le cœur, et notre message ne devient alors qu’un enseignement qui, dans le meilleur des cas, rejoindra uniquement la tête de nos jeunes.

On le voit avec la Samaritaine au puits. Jésus va la rejoindre dans un simple épisode du quotidien : puiser de l’eau pour boire. Ensuite une conversation s’engage avec elle, sans jugement, sans condamnation.

Abordons les sujets qui les concernent en priorité : l’identité, les relations, la santé mentale, le sens de la vie.

Mon troisième conseil porte sur l’accessibilité du message : parlons la langue de l’autre dans un format qui le rejoint. Je pars toujours du principe que la personne en face de moi ne connaît rien, et c’est souvent le cas.

Ce n’est donc pas à lui de s’adapter mais à moi. C’est comme ça que Jésus enseignait. Il utilisait par exemple les paraboles. Pourquoi ? Parce que les situations qu’il décrivait pouvaient être comprises par ses auditeurs. Utilisons des paraboles modernes, c’est-à-dire les situations de vie de nos jeunes pour leur parler de Jésus.

Je crois aussi qu’une des façons les plus efficaces de les rejoindre est de le faire là où ils sont, à savoir sur les réseaux sociaux. Quand Jésus se rend au puits pour rencontrer la Samaritaine, c’est parce qu’il est sûr de la trouver là. S’il y a bien un endroit où je suis sûr de retrouver les jeunes, c’est sur les réseaux sociaux. Je dois pour cela apprendre les codes, comment on les utilise, qu’est-ce qu’on y montre, qu’est-ce qu’on y diffuse.

Tout s’apprend. Et quand on sait pourquoi, on trouve comment.

Il y a trois ans, dans l’église où je suis actuellement pasteur, on a réorienté une partie de notre budget évangélisation sur le travail à faire sur les réseaux sociaux. On s’est entouré de personnes qui ont les codes, les compétences, et on a commencé à diffuser ce que l’on faisait.

Bilan : il n’y a aujourd’hui plus un service de baptême où l’on ne reçoit le témoignage de quelqu’un qui nous a découvert via les réseaux sociaux, qui s’est questionné et qui a fini par passer la porte, rassuré, et désireux d’en savoir plus. Et notamment des jeunes.

Je crois que ces quelques éléments sont autant de pistes de réflexion qui doivent nous inciter à nous mettre au travail et nous faire réfléchir sur nos pratiques. Je suis bien conscient qu’il est délicat de se remettre en question et de faire changer les choses quand elles sont ancrées en nous. Mais je crois que si les premiers disciples étaient restés accrochés à leurs pratiques, coutumes et méthodes, nous ne serions pas à Christ aujourd’hui.

Enfin, comment, après avoir rejoint la jeune génération, pouvons-nous espérer la garder ?

Quelques pistes de réflexion encore que je soumets à votre réflexion :

  • Soyons de vrais et authentiques repères. Je m’adresse ici aux parents. Si je veux que mes enfants soient passionnés de Jésus, est-ce que c’est l’exemple que je leur montre ? Si je veux qu’ils passent moins de temps sur leur écran, est-ce que c’est l’exemple que je leur montre ? Si je veux qu’ils se rendent à l’église avec joie, est-ce que je me rends à l’église avec joie ? Est-ce que de ma bouche sortent des paroles de bénédictions à destination de l’Église, du pasteur, des frères et sœurs, de ce qui prend place ?

  • Engageons des budgets pour parrainer nos jeunes pour des camps, des colos, des sorties organisées par l’Église. Que la précarité ne soit pas le mur d’impossibilité pour un jeune de connecter avec d’autres jeunes. Comprenons que lorsqu’un jeune arrive à l’église, il ne vient pas pour se convertir. Il vient « voir ». Il vient écouter, il vient se rendre compte, il vient éventuellement bâtir des relations avec des gens.

  • Enfin, acceptons le syndrome « Pierre » : Pierre était un homme qui s’est engagé avec Jésus, qui l’a suivi, qui a fait de grandes déclarations, mais qui a aussi coupé une oreille, été lâche, trahi Jésus. Et Jésus ne l’a pas éliminé. Il l’a réhabilité. Pourquoi ? Jésus ne voyait pas seulement Pierre dans ce qu’il était à l’instant T, il voyait ce qu’il pouvait devenir avec des soins, de la patience, de l’enseignement et de la grâce.

En clair, Jésus n’a pas traité Pierre comme il le méritait,
dans la perspective de ce qu’il allait devenir.

Agissons ainsi avec nos jeunes,
et nous les verrons accomplir les projets que Dieu a pour leur vie.

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