Transmettre la foi à l’ère du scroll

Du clash au partage : l’Église

Par René Delattre, pasteur à Lézignan

Il y a ceux qui regardent la télé à heures fixes et ceux qui regardent des vidéos quand ils veulent sur les réseaux.

Il y a ceux qui s’instruisent en étudiant des livres et ceux qui se forment en suivant des tutos.

Il y a ceux pour qui posséder une voiture est important et il y a ceux qui se déplacent en covoiturage, etc.

Boomer, X, Y, Z et Alpha : ça vous parle ?

C’est le nom que l’on donne aujourd’hui aux générations. Les boomers sont nés entre 1946 et 1964 et les Z entre 1997 et 2012.

Les boomers ont entre 60 et 80 ans, la GenZ entre 14 et 30 ans. Les jeunes.

En examinant l’environnement social, économique, ainsi que le rapport au temps et à la technologie, on peut comprendre les codes du fonctionnement des générations, dans un monde qui évolue très rapidement.

Dans cet article, j’inviterai les boomers et les Z dans une sorte de face à face, sans les opposer pour autant. Je laisserai les X et Y de côté pour des raisons de concision. Qu’ils ne m’en veuillent pas !

Les boomers font du shopping en centre commercial, les Z comparent en ligne et lisent les avis.

Les boomers sont des bosseurs, ils économisent. Les Z cherchent un emploi qui a du sens et qui rémunère bien.

Les boomers ont une carrière linéaire, les Z changent de métier quand ce qu’ils font ne leur plait plus.

Z, comme zapping.

Changement, rapidité, instantanéité.

Les boomers cuisinent ou vont au restaurant, les Z se font livrer.

Les boomers sont nés dans un monde à forte croissance économique mais non connecté. Ils ont cependant appris à utiliser les outils informatiques. La GenZ est née avec les smartphones et les réseaux. Elle est multitâche et connectée en permanence.

Vous êtes un boomer ? Trouvez facilement des analyses détaillées sur les générations dans des livres.

Vous êtes un Z ? Il y a une multitude de capsules vidéos en ligne pour vous sur le sujet !

L’étude des générations sert essentiellement à étudier des stratégies de marketing, réduisant les X, Y, Z et autres alphas à des cibles commerciales : restons lucides !

Notons toutefois que la GenZ a intégré cette analyse des générations dans son langage : entre membres, on se définit comme Z ou Alphas. Quand un Z répond à un de ses amis « OK boomer », ce n’est pas toujours sympathique.

Plus intéressante est la question de la transmission

Mais attention : il y a des écueils sur le chemin !

Le premier est l’opposition entre les générations. C’est le fameux « c’était mieux avant ». Ou encore « les jeunes d’aujourd’hui ». Mais aussi « vous les boomers, vous n’y comprenez rien ».

Je vous renvoie à Ecclésiaste 7/10.

Transmettre en oubliant que ceux à qui on transmet n’ont pas les mêmes codes. C’est le deuxième écueil. C’est l’exemple type du boomer qui veut former un Z en se référant à son époque et à ses codes de boomer.

La tentation de cloisonner les générations est alors presque naturelle, car elle semble être une solution pour apaiser les tensions. Dans certaines maisons, on ne mange plus à la même heure, ni parfois au même endroit. Chacun vit au rythme de son écran et la communication se résume au partage de la dernière vidéo scrollée.

Les plus anciens se persuadent parfois être « dans le coup » parce qu’ils possèdent le dernier smartphone à la mode et passent leur temps à scroller : ne vous y trompez pas, un boomer, ça scrollera toujours comme un boomer !

Attention au raisonnement qui tend à dire que certains jeunes ont une mentalité de vieux, et certains vieux sont jeunes dans leur tête. Les codes et les schémas resteront toujours ceux de la génération à laquelle on appartient.

Rien de pire qu’un boomer qui voudrait se prendre pour un Z : il sera démasqué très vite. Par contre un boomer bien dans ses baskets saura se faire apprécier par les générations plus jeunes.

Il existe néanmoins un lieu où le cloisonnement est impossible

Lieu de brassage générationnel et de transmission mutuelle. C’est l’Église.

Union harmonieuse des silencieux, des boomers, des X, des Y et des Z et des nouveaux arrivants, les Alphas.

Et une activité majeure de l’Église est la transmission :

« Nous redirons à tous ceux qui nous suivent, les œuvres glorieuses de l’Éternel, et sa puissance et ses nombreux prodiges… Il a ordonné à nos ancêtres d’enseigner tout cela à leurs enfants, afin que la génération suivante, celle des enfants qui viendront à naître, puisse l’apprendre et se lève à son tour pour l’enseigner à ses propres enfants, afin qu’ils placent leur confiance en Dieu… » (Psaume 78/4-8)

Ce que nous transmettons, c’est une connaissance, celle de Dieu. Ce sont des valeurs, celles de l’Évangile. C’est un message : la bonne nouvelle qui présente le Seigneur Jésus-Christ et son œuvre.

Nous transmettons le modèle de nos vies, de notre consécration, de nos foyers. Nous transmettons notre amour pour Dieu, pour sa parole, pour la prière et pour la louange. Et tellement d’autres choses.

Nous ne transmettons pas des traditions, ni des habitudes religieuses.

Nous sommes conscients que l’inévitable se produira : l’incompréhension quant à la manière dont les générations qui nous suivent s’approprient ce qui leur a été transmis.

Alors les plus anciens ne comprennent pas les musiques des plus jeunes, leur attachement aux écrans, leurs habitudes vestimentaires, leur vocabulaire.

Ne sont-ils pas en train de défigurer ce qui leur a été enseigné ? Ne sont-ils pas en train de dilapider des années d’efforts et de sacrifices de la part des générations qui les ont précédés ?

Il est vrai que le risque est là. Il suffit de se rappeler que Dieu nous a laissé des « Écritures ». Certains auraient peut-être une appli. Cette seule remarque nous rappelle qu’il existe des fondamentaux éternels et incontournables : nous resterons toujours la « religion du Livre ».

Comme dans bien des situations, face au risque de délitement de la foi, on peut instaurer des systèmes de contrôle. Cadrer. Normer.

Mais l’Évangile ne se prête pas à cet exercice sous peine de devenir une horrible religion.

On peut aussi adopter une autre attitude : la confiance. Confiance en ce qui a été transmis. Croire que les fondations sont là.

Qu’on en déduise que, plus que jamais, l’instruction biblique de nos enfants et de nos jeunes est importante. L’Église a besoin d’animateurs passionnés, amoureux de leur Bible pour inculquer le message de l’Évangile aux nouvelles générations. Elle a besoin aussi de couples parentaux solides et aimants, rassurants et structurants.

Que les responsables n’hésitent pas à y consacrer des moyens, financiers et matériels. Que les animateurs soient sérieusement formés, équipés et accompagnés ! Que les parents soient encouragés !

Que la foi soit authentique : elle donnera envie !

N’oublions pas que ces nouvelles générations évoluent dans un monde de plus en plus enténébré.

Si la transmission est bien faite, alors les éléments salutaires de la connaissance biblique et de l’amour s’installeront en profondeur dans le cœur de la GenZ et des suivantes.

Croyons que ce qui apparaît comme une défiguration du message est en fait son appropriation par les générations suivantes avec les codes de leur âge. N’est-ce pas finalement ce qui s’est fait tout au long de l’histoire de l’Église ?

Dieu veille sur la semence plantée : sa parole. Le psalmiste avait cette confiance et en faisait un sujet de louange.

« Car l’Éternel est bon ; sa bonté dure toujours, Et sa fidélité de génération en génération. » (Psaume 100/5).

Le congrès ECHO 2026 a montré qu’aujourd’hui, les plus jeunes se tournent par milliers vers Jésus pour lui confier leur vie : c’est le fruit du travail fidèle de transmission. C’est la réponse aux prières de l’Église, à vos prières.

Que cela nous mette à genoux pour les soutenir de notre intercession, que cela nous pousse à leur sourire pour les assurer de nos encouragements, que cela nous conduise à nous joindre à eux pour sauter de joie et pousser des cris de louange !

Dieu est fidèle : dans l’Église, la guerre des générations n’aura pas lieu !

Share this content:

Publier un commentaire