Aider les enfants à entrer dans leur destinée

Par David MASTRIFORTI, pasteur à Clamart et enseignant d’éthique familiale à l’ITB

J’ai quatre enfants et quatre petits-enfants. Chacun d’eux est un univers à part entière, avec sa personnalité, son caractère et son parcours uniques. Cette diversité nous a appris, à mon épouse et moi, une leçon fondamentale : il n’existe pas de méthode éducative universelle. Ce qui fonctionne pour l’un peut être contre-productif pour un autre.

Notre rôle, en tant que parents, n’est pas de mettre nos enfants dans des cases toutes faites, mais de leur fournir les outils pour qu’ils puissent devenir des hommes et des femmes accomplis, solides et matures.

Dieu ne nous appelle pas à faire des clones, mais à transmettre des valeurs, à être des balises et des modèles. Il ne s’agit pas de faire d’eux une copie conforme de nous-mêmes, mais de leur donner des exemples à suivre tout en révélant en eux ce que Dieu leur a donné en propre : leurs dons, leurs talents, leur caractère. Tel un joaillier qui sait que chaque pierre est différente et possède sa beauté propre, nous sommes appelés à révéler la beauté qui est en eux pour les faire entrer dans leur destinée.

La Bible nous montre à quel point l’influence parentale est déterminante pour l’appel et la destinée des enfants. Explorons ensemble les fondements bibliques, les exemples inspirants et quelques principes pratiques pour nous aider à atteindre cet objectif.

Les textes de base pour une éducation selon le cœur de Dieu

L’éducation chrétienne repose sur des principes solides, à la fois dans l’Ancien et le Nouveau Testament.

Proverbes 22/6 est un verset fondamental :

« Oriente le jeune garçon sur la voie qu’il doit suivre ; même quand il sera vieux, il ne s’en écartera pas. » (Segond Révisé).

Le mot hébreu utilisé ici est Hanak, qui évoque l’idée de dédier, de consacrer, de donner une direction. Il ne s’agit pas seulement d’instruire avec des paroles, mais d’initier l’enfant à un chemin de vie, une expérience qui ne se trouve pas dans les livres, mais qui se vit au sein de la famille. C’est lui apprendre à discerner le bien du mal, comme le prophète Ésaïe le dit de Jésus :

« Il mangera de la crème et du miel, jusqu’à ce qu’il apprenne à rejeter le mal et à choisir le bien. » (Ésaïe 7/15).

La Torah, souvent traduite par « loi », vient d’une racine qui signifie « guider ». Le péché, c’est justement dévier de cette voie, manquer le but de notre destinée.

Parfois, nos enfants feront des sorties de route. Proverbes 22/15 nous rappelle que

« la tendance à faire des actions déraisonnables est ancrée dans le cœur de l’enfant ; le bâton de la correction l’en extirpera ».

Attention ici : il ne s’agit pas d’une invitation à la violence. Dans la culture orientale ancienne, le bâton était le symbole de l’autorité, de la dignité, mais aussi de l’expérience. C’est appuyé sur l’extrémité de son bâton que Jacob, rassasié d’expériences, bénit ses fils (Hébreux 11/21). Nos « bâtons » à nous sont nos expériences de vie, nos victoires comme nos défaites. N’ayons pas peur de partager nos erreurs avec nos enfants : c’est souvent de cette vulnérabilité que naissent les plus grandes leçons.

L’apôtre Paul nous donne une autre clé essentielle :

« Vous, pères, n’irritez pas vos enfants, mais élevez-les en les corrigeant et en les instruisant selon le Seigneur. » (Éphésiens 6/4).

Élever n’est pas abaisser ou humilier. Le verbe « irriter » évoque une agitation intérieure qui peut aigrir un enfant, que ce soit par un manque de cohérence, une dureté sans affection ou, au contraire, une affection sans cadre. La correction (paideia) ne signifie pas frapper, mais orienter, rectifier la direction qu’un enfant prend dans ses paroles, attitudes ou comportements. L’instruction (nouthesia), quant à elle, vise la transformation des pensées, en nourrissant l’esprit du jeune avec une base solide qui le guidera à l’âge adulte.

Cette correction, qu’elle prenne la forme d’explications, de réprimandes ou de suppression de privilèges, doit toujours avoir pour but de changer un comportement ou une habitude, et non de punir pour le plaisir de punir. Elle doit se faire dans l’amour :

« C’est celui qu’il aime que l’Éternel reprend, agissant comme un père avec l’enfant qu’il chérit. » (Proverbes 3/12).

L’impact durable de l’influence parentale dans la Bible

L’Écriture est remplie d’exemples, positifs comme négatifs, qui illustrent l’impact des parents sur la destinée de leurs enfants.

Les influences néfastes

L’histoire nous met en garde contre des parents dont l’influence a été désastreuse :

  • Athalie fut une « conseillère à mal faire » pour son fils Achazia (2 Chroniques 22/3).

  • Hérodiade poussa sa propre fille à réclamer la tête de Jean-Baptiste (Matthieu 14/8).

  • La mère ambitieuse de Jacques et Jean sema la discorde parmi les disciples en réclamant pour ses fils les places d’honneur dans le royaume (Matthieu 20/20).

  • Isaac transmit sa faille en jouant la préférence. Son amour pour Ésaü, basé sur des raisons charnelles (la chasse, le gibier), a contribué à la rivalité fratricide à cause de laquelle Ésaü vendit son droit d’aînesse pour un plat de lentilles, plaçant les choses passagères au-dessus des valeurs spirituelles (Genèse 25/27-28).

Les modèles à suivre

Heureusement, la Bible regorge aussi de modèles de foi et de sagesse parentale :

  • Anne a prié pour avoir un fils et l’a « donné » à l’Éternel. Sa tendresse se manifestait année après année par une petite robe confectionnée pour Samuel, qui devint un grand prophète en Israël (1 Samuel 2/19).

  • Yokébed, la mère de Moïse, a fait preuve d’un courage et d’une foi héroïques en défiant l’édit du Pharaon. Par sa persévérance, elle a permis à son fils de devenir prince d’Égypte, puis libérateur d’Israël (Exode 6/20 ; Actes 7/20).

  • Loïs et Eunice, grand-mère et mère de Timothée, ont transmis une foi sincère qui a marqué dès la « tendre enfance » le futur serviteur de Dieu (2 Timothée 1/5).

  • La mère du roi Lémuel lui a légué un héritage inestimable : l’éloge de la femme vertueuse qui a inspiré le chapitre 31 du livre des Proverbes (Proverbes 31/1, 28).

La résilience : un espoir pour les histoires brisées

Mais que faire lorsque notre histoire familiale est marquée par la dysfonction ? La grâce de Dieu est plus grande. La Bible offre deux magnifiques exemples de résilience :

  • Yabets portait un nom qui signifie « douleur ». Sa mère lui avait donné ce nom pour évoquer sa souffrance à la naissance. Mais Yabets refusa de se laisser écraser par cet héritage. Il pria : « Si ta main est avec moi… » et Dieu exauça sa prière (1 Chroniques 4/9-11). Il a fait le choix de ne pas se laisser enfermer dans une destinée négative.

  • Jacob refusa la fatalité. À la mort de son épouse bien-aimée Rachel, alors qu’elle donnait naissance à leur second fils, elle voulut l’appeler Ben-Oni, « fils de ma douleur ». Jacob, qui avait lui-même expérimenté le pouvoir transformateur d’un nouveau nom (de « trompeur » à Israël, « vainqueur »), intervint et l’appela BenYamin, « fils de ma droite », un nom d’honneur et de valorisation (Genèse 31/16-19 ; 32/28).

Aider nos enfants à prendre leur envol

Comment concrètement aider nos enfants à entrer dans leur destinée ?

Voici trois zones d’influence essentielles.

  1. Développer leurs dons et talents

« Nous sommes son ouvrage, nous avons été créés en Jésus-Christ pour des œuvres bonnes que Dieu a préparées d’avance, afin que nous les pratiquions. » (Éphésiens 2/10).

Dès notre conception, Dieu nous connaît et a un projet pour nous. Notre rôle est de détecter et d’encourager les dons de nos enfants, qu’ils soient académiques, artistiques, sportifs, relationnels ou organisationnels. Posons-nous les bonnes questions : quel est son appel ? Quelle est sa passion ? Qu’est-ce qui le fait vibrer ?
Pour développer ces dons, encourageons leurs points forts plutôt que de nous focaliser sur leurs faiblesses. Choisissons des activités adaptées à leur tempérament. Et recevons les consignes de Dieu pour eux, à l’exemple de Manoach qui demanda à l’ange :

« Que faudra-t-il observer à l’égard de l’enfant ? » (Juges 13/12)

Enfin, bénissons-les prophétiquement. Comme Jacob bénissant ses fils « chacun d’une bénédiction particulière » (Genèse 49/28), nos paroles peuvent orienter leur avenir.

  1. Encourager l’esprit de service

« Moi et ma maison, nous servirons l’Éternel. » (Josué 24/15)

La famille est une équipe de ministères. Servir ensemble est une expérience formatrice. Impliquons nos enfants dans des tâches adaptées à leur âge, dès 4 ans. Si nous faisons tout à leur place, nous risquons de les rendre irresponsables et égoïstes. Le service ne doit pas être une corvée, mais un style de vie, une contribution à la famille. Disons-leur « merci », laissons-leur une liberté d’initiative et n’exigeons pas un perfectionnisme paralysant.

  1. Stimuler l’esprit d’initiative et l’autonomie

« L’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme. » (Genèse 2/24).

Le véritable amour parental consiste à aider l’enfant à couper le cordon ombilical. Notre but est de ls rendre autonome, capable de prendre des décisions et d’en assumer les conséquences. Si nous supprimons toute souffrance ou toute résistance, nous l’empêchons d’apprendre. C’est la loi des semailles (Galates 6/7). Parfois, aider nos enfants, c’est les laisser « enfoncer le clou », même si cela peut être douloureux sur le moment, car c’est ainsi qu’ils pourront accomplir l’œuvre pour laquelle ils ont été conçus.

Pour une destinée accomplie

Notre but ultime en tant que parents n’est pas de faire de nos enfants des copies conformes à nos attentes, mais de les orienter sur la voie que Dieu a préparée pour eux. En développant leurs dons, en cultivant en eux un esprit de service et en les stimulant vers l’autonomie, nous devenons ces joailliers capables de révéler la beauté unique que Dieu a façonnée en chacun d’eux. Que le Seigneur nous accorde sa sagesse pour accomplir cette noble mission.

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