Une promesse qui inclut tout le monde

Par Christophe Tagliamento, pasteur à Thonon-Les-Bains

Les jeunes ne sont pas l’Église de demain, ils sont l’Église d’aujourd’hui

« Après cela, je répandrai mon Esprit sur toute chair ; vos fils et vos filles prophétiseront, vos anciens auront des songes, et vos jeunes gens des visions. » (Joël 2/28)

Pierre cite ce passage le jour de la Pentecôte, pour expliquer l’effusion extraordinaire du Saint-Esprit. Jésus avait demandé aux disciples de patienter, pour recevoir ce qui permettrait à l’Église d’accomplir sa mission :

« Allez, faites de toutes les nations des disciples. » (Matthieu 28/19)

Ce qu’il faut noter, c’est que Dieu a délibérément inclus dans ses plans les fils, les filles, les anciens, les jeunes gens. Tous ont un rôle à jouer !

Les jeunes disciples ne sont pas des chrétiens en devenir. Ils font partie de l’Église dès aujourd’hui. L’Esprit qui nous anime les anime aussi. On partage la même mission, les mêmes combats et la victoire en Jésus-Christ leur appartient autant qu’à nous !

Alors pourquoi se priver de ces ressources précieuses ? Pourquoi tant de jeunes ne se sentent-ils pas légitimes à servir maintenant ? Ma réponse : parce que l’Église ne leur fait pas assez de place.

Combien siègent dans les conseils d’administration ou spirituels ?

Combien sont responsables de départements ou services ?

Quelle influence réelle ont-ils sur la vision de l’Église ?

L’urgence missionnaire nous contraint à changer cela.

Comprendre le terrain : une génération angoissée mais en quête de sens

Pour confier la mission aux jeunes, encore faut-il comprendre leur monde. Et reconnaître qu’un fossé culturel s’est creusé entre les générations, y compris au sein de l’Église.

Ces dix dernières années, technologie, mœurs et crises sociales ont évolué à une vitesse inédite. On ne se demande plus si l’IA sera possible, mais comment réguler ses dérives éthiques. On ne débat plus du genre, on parle de transhumanisme. Les générations Z et Alpha (nées autour des années 2000) ont grandi dans un monde que leurs aînés n’ont pas connu adolescents.

Ces jeunes naviguent dans un monde objectivement anxiogène : éco-anxiété, précarité professionnelle, changement climatique, instabilité économique. Le futur ne semble plus prometteur, mais parsemé de défis insurmontables. Cette anxiété n’est pas un caprice générationnel : c’est une réponse rationnelle à des conditions réelles. La crise du COVID-19 a aggravé cette fragilité, perturbant les liens sociaux et laissant des séquelles psychologiques durables. Cette génération est hyper-consciente de sa santé mentale : dépression, burn-out, trauma font partie de son vocabulaire, mais cette vigilance la rend paradoxalement encore plus anxieuse.

Et pourtant, les jeunes ne sont pas irréligieux. La grande majorité se considère comme « spirituelle ». Ce qu’ils rejettent, ce ne sont pas les questions profondes, mais les institutions qu’ils perçoivent comme inauthentiques ou complices d’abus de pouvoir. Alors ils bricolent : bouddhisme, tarot, astrologie, New Age. Ce syncrétisme n’est pas de la superficialité, c’est une quête sincère de sens dans un monde fragmenté. Un jeune qui bricole est un jeune qui cherche du vrai.

Face à ce monde complexe, qui est le mieux placé pour leur répondre ? Des adultes éloignés de leur réalité, ou d’autres jeunes qui vivent les mêmes combats ?

Changer de paradigme : jeunes et aînés bâtissent ensemble

Trop longtemps, nos Églises ont traité les jeunes comme des consommateurs spirituels. Or cette génération, marquée par l’horizontalité des réseaux sociaux et une soif d’authenticité, rejette la passivité. Elle ne veut pas d’un service clé en main. Elle veut retrousser ses manches et construire le royaume avec nous.

L’Esprit Saint n’a jamais exigé un âge minimum pour agir. Dieu choisit la jeunesse pour bousculer le statu quo : la promesse de Joël (2/28) l’annonce et l’histoire le confirme. Jean fut envoyé avec Pierre en Samarie (Actes 8/14). Paul confia à Timothée des responsabilités pastorales considérables, tout en l’exhortant :

« Que personne ne méprise ta jeunesse. » (1 Timothée 4/12)

Si Dieu leur fait confiance, pourquoi pas nous ?

Leur donner de vraies responsabilités, pas de la figuration

Le vrai frein n’est pas leur immaturité. C’est notre difficulté à lâcher le contrôle. Nous craignons les erreurs, les formats inhabituels, mais former des disciples, ce n’est pas produire des clones. C’est accompagner des hommes et des femmes dans leur appel propre.

Confier une guitare une fois par mois ou la gestion du vidéoprojecteur, c’est de la figuration, pas de l’intégration. Il faut de l’audace : ouvrons-leur les portes de nos conseils d’administration et comités de vision. Laissons-les repenser la forme de la mission et inventer de nouveaux formats.

La place des aînés ne disparaît pas, elle devient plus cruciale que jamais

Confier de vraies responsabilités aux jeunes, ce n’est pas les laisser seuls. La confiance sans accompagnement n’est pas de la foi, c’est de la négligence. Jésus a marché trois ans avec ses disciples, les a envoyés par deux, puis a débriefé leurs échecs. C’est ce modèle qu’on doit suivre.

Cela implique de réhabiliter l’échec comme outil d’apprentissage. Pierre a renié Jésus, mais quelqu’un a continué de croire en lui après sa chute. Nos jeunes ont besoin de la même grâce.

Le mentorat demande aussi un changement chez les aînés : arrêter de diriger d’en haut mais marcher à côté. Devenir un tremplin, un filet de sécurité bienveillant. Cela demande de l’humilité : accepter que certaines formes soient bousculées, voire abandonnées. Les méthodes peuvent évoluer, mais la doctrine et l’intégrité restent non négociables. L’aîné ne dit plus « on a toujours fait comme ça », mais « comment je peux t’aider à porter la vision que Dieu t’a donnée ».

Oser : des méthodes audacieuses, une parole inchangée

Jésus enseignait avec des paraboles tirées du quotidien de ses auditeurs : semailles, vignes, brebis perdues. Il parlait leur langage. Aujourd’hui, le quotidien des jeunes, c’est un écran, une story Instagram, une conversation WhatsApp. Si nous voulons les atteindre, nous devons inventer les paraboles de notre temps. Et les jeunes sont les mieux placés pour le faire.

Cela ressemble à un(e) jeune qui partage en story des questions existentielles auprès de ses 800 abonnés. Pas un sermon filmé, mais des conversations qui ouvrent la porte à l’Évangile. Le pasteur ne comprend pas tous ses codes, mais il a eu l’humilité de dire : « Vas-y. Je prie pour toi et je suis là. »

Cela ressemble à des jeunes adultes qui lancent des soirées Questions sans filtre dans un appartement : pas de pupitre, pas de PowerPoint, juste des coussins, du thé, et une règle, toutes les questions sont permises. Identité, sexualité, souffrance, silence de Dieu. Ils ne prétendent pas avoir toutes les réponses, mais ils ont la crédibilité de ceux qui vivent les mêmes combats. Quand ils répondent avec les Écritures, ce n’est pas un discours institutionnel : c’est un témoignage. La différence est immense.

Les méthodes changent, le message demeure. Nous ne rendons pas la Bible pertinente, elle l’est déjà. Elle offre ce que le monde ne peut donner : une identité fondée sur le regard de Dieu (Éphésiens 2/10 ; Galates 3/28), une compréhension du monde ancrée dans le Dieu de la vie (Jean 17/3). C’est cela l’audace à laquelle Christ nous appelle : non pas adapter le message au goût du monde, mais incarner la Parole éternelle dans les formes vivantes de notre temps.

Un acte de foi

Nous avons vu le terrain : une génération angoissée mais assoiffée de sens. Nous avons nommé le frein : notre difficulté à lâcher le contrôle. Nous avons entrevu le chemin : des méthodes audacieuses, incarnées, contemporaines.

Il ne manque plus qu’une chose : un acte de foi. Croire que le Saint-Esprit qui nous a transformés les transforme aussi, et qu’il est déjà à l’œuvre en eux.

Cessons de préparer les jeunes pour un hypothétique demain. Envoyons-les aujourd’hui. Ils ont la même parole, le même Esprit, la même mission.

Des méthodes nouvelles au service d’une Parole éternelle :
voilà l’audace à laquelle Christ nous appelle, ici et maintenant.

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